Un salarié frontalier du Luxembourg n'apporte pas au cabinet un dossier de plus : il apporte un dossier d'une autre nature. Pour la plupart des clients, la déclaration se reconstitue après coup à partir de documents qui existent déjà — fiches de paie, extraits, attestations. Pour le frontalier, la pièce centrale n'existe que si quelqu'un l'a tenue pendant l'année : un décompte, jour par jour, des journées travaillées hors du Luxembourg, et de quoi prouver les autres.
Les deux compteurs qui décident du dossier
L'impôt compte des jours. Les conventions fiscales taxent le salaire là où le travail est physiquement exécuté ; la tolérance est l'exception qui permet de travailler jusqu'à 34 jours par an hors du Luxembourg sans rien changer. Les trois pays voisins sont arrivés au même chiffre, mais pas en même temps : la Belgique applique 34 jours depuis 2022 (24 auparavant), la France depuis 2023 (29 auparavant), l'Allemagne depuis 2024 (19 auparavant). Un dossier portant sur une année ancienne se lit donc avec le plafond de cette année-là, pas avec celui d'aujourd'hui. Dépassé, le plafond ne fait pas tout basculer : seuls les jours excédentaires deviennent imposables dans le pays de résidence — mais ils déclenchent une déclaration plus lourde, et des questions.
La sécurité sociale compte un pourcentage. À partir de 25 % du temps de travail presté dans le pays de résidence, l'affiliation sociale y bascule — employeur compris, sur la totalité du salaire. L'accord-cadre de 2023 permet de monter jusqu'à un peu moins de 50 % pour le télétravail habituel, mais uniquement sur demande de l'employeur. Les deux compteurs sont indépendants : un client peut être irréprochable sur les 34 jours et franchir les 25 %, ou l'inverse. Le même calendrier sert aux deux lectures.
La charge de la preuve est chez le client
Déclarer un salaire luxembourgeois exonéré dans le pays de résidence, c'est demander une exception, et c'est celui qui demande l'exception qui la prouve. Si l'administration du pays de résidence interroge le décompte, ce n'est pas à elle d'établir que le client était chez lui tel mardi : c'est au client d'établir qu'il était au Luxembourg. L'attestation de l'employeur récapitulant les jours prestés est utile mais rarement suffisante seule — elle affirme, elle ne démontre pas. Ce qui convainc est un faisceau de pièces datées du jour même.
Ce que le cabinet devrait demander en janvier, pas en mai
La liste tient en peu de lignes ; c'est le calendrier de collecte qui fait la différence. Une pièce datée du jour même se ramasse en trente secondes ; la même pièce, six mois plus tard, ne se fabrique plus.
- le décompte annuel jour par jour : pour chaque journée sortant de l'ordinaire, la date et la raison — télétravail, déplacement, congé, maladie ;
- pour les journées travaillées au Luxembourg, des preuves de présence physique en nombre raisonnable : relevés de badge ou de pointage, tickets de carburant, de caisse, de parking, titres de transport, paiements par carte localisés ;
- pour les journées travaillées hors du Luxembourg, la trace de ce qu'elles étaient : ordre de mission, agenda validé, accord de télétravail ;
- l'attestation de l'employeur en fin d'année, comme récapitulatif qui corrobore le décompte — pas comme pièce unique qui le remplace.
Un client qui arrive en mai avec un agenda vide et une boîte à chaussures de tickets non datés n'a pas un dossier en retard : il n'a pas de dossier. La consigne la plus rentable qu'un cabinet puisse donner à un frontalier tient en une phrase — une journée hors de l'ordinaire, une ligne le jour même, un justificatif joint.
Le rapport avec l'application
C'est exactement le registre que cette application tient : un calendrier où le client marque ses journées à mesure, y joint le justificatif photographié, et d'où sort un PDF annuel, journée par journée, compteurs en pied de page. Pour le cabinet, deux portes en lecture seule : un lien de consultation que le client génère et révoque, ou un espace comptable gratuit où chaque client ayant accepté l'invitation du cabinet apparaît avec ses compteurs et ses pièces — sans échange de fichiers, et sans que le cabinet puisse rien modifier. Le registre reste celui du client ; le cabinet le lit comme l'administration le lirait.
L’espace lui-même, et ce qu’il montre au cabinet : espace comptable pour clients frontaliers.